31/07/2008

"Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt

 

 

tout ce que51[1]

Tout ce que j'aimais

de Siri Hustvedt

roman - 453 pages

Editions : Actes Sud - Babel 2003

L'auteur :

Née en 1955 de parents norvégiens émigrés aux Etats-Unis, Siri Hustvedt vit à Brooklyn, où elle partage la vie de Paul Auster depuis 25 ans. Ils ont une fille, musicienne.

 Siri_Hustvedt_1[1]

 

1978 - Elle publie ses poèmes dans Paris Review

1982 - Elle épouse Paul Auster

1992 - "Les yeux bandés" son premier roman

2003 - "Tout ce que j'aimais"

2008 - "Elégie pour un américain" dernier roman en date

Le thème :

Au début du livre, Léo, critique d'art et professeur, et Bill, peintre, se rencontrent 25 ans auparavant et c'est le chemin parcouru par cette étonnante amitié que Léo raconte.

Les deux couples, Léo et Erica, Bill et Violet, vivront des années côte à côte dans le même immeuble. Ils ont un fils chacun, du même âge, Matt et Mark.

450 pages d'amour et d'amitié, d'intrigues romanesques, d'approches de la folie, , d'explorations de l'hystérie, de l'anorexie, de la boulimie, du milieu de l'art new-yorkais des années 70, de descriptions de tableaux, de fréquentations du milieu de l'art et de drames personnels. Vingt-cinq ans d'une vie hors du commun. 

L'extrait :

      "L'ensemble de l'oeuvre que Bill nous avait laissée représentait l'anatomie d'un authentique fantôme, non parce que toute oeuvre artistique d'un défunt est sa trace en ce monde, mais parce que l'oeuvre de Bill en particulier constituait une enquête sur l'insuffisance des surfaces symboliques - les formules explicatives qui restent en deçà de la réalité.  A tout moment, le désir de situer, d'arrêter, de préciser par des lettres ou des chiffres les conventions de la peinture se trouvait mis en valeur. Vous croyez savoir, semblait dire Bill dans chacune de ses oeuvres, mais vous ne savez rien. Je subvertis vos évidences, vos confortables idées reçues et, par cette métamorphose, je vous aveugle. Quand une chose cesse-t-elle, quand commence la suivante ? Vos frontières sont des inventions, des farces, des absurdités. La même femme grossit et diminue et, à chaque extrême, elle vous met au défi de la reconnaître. Une poupée gît sur le dos avec, sur la bouche, la trace d'un diagnostic périmé. Deux garçons deviennent l'un l'autre. Les chiffres des cours de la Bourse, des chiffres précédés du signe $, des chiffres tatoués sur un bras. Jamais je n'avais vu cette oeuvre avec plus de clarté et, en même temps, j'y pataugeait, étouffé par le doute et par autre chose - une intimité asphyxiante. Il y avait des jours où mon travail prenait des allures d'une maîtresse tyrannique dont les élans de passion étaient suivis d'une froideur insondable, qui réclamait l'amour à grands cris et puis me frappait au visage. Et, telle une femme, l'art me menait par le bout du nez, je souffrais et j'étais heureux. Assis à ma table, le stylo à la main,je luttais avec cet homme caché qui avait été mon ami, un homme qui s'était peint sous les traits d'une femme et sous ceux de B,, une fée marraine grasse et vigoureuse. Mais ce combat me donnait vis-à-vis de moi-même une lucidité inhabituelle et, en cette fin  d'été, je me sentais bien vivant dans ma solitude. "

...

     "Ce n'est pas ce que disait Mark qui me fit sursauter. C'est que ni le registre, ni la cadence, ni le ton de sa voix ne m'étaient familiers. Il y avait des années que je voyais chez Mark les couleurs changeantes du caméléon, que je savais qu'il se transformait en fonction des circonstances mais, au son de cette voix inconnue, il me sembla que l'inquétude tapie au fond de moi depuis si longtemps trouvait son affreuse confirmation et, tout en hésitant à la reconnapître, j'éprouvais aussi un frisson de victoire. J'avais la preuve qu'il était réellement quelqu'un d'autre. Je sortis de derrière mon pilier en disant : "Mark."

...

Mon avis :

C'est la quatrième de couverture qui m'a fait choisir ce livre à la bibliothèque. Le milieu de l'art et de la création, l'amitié, la vie à New York et un voyage intérieur. Je ne connaissais pas Siri Hustvedt. Je ne m'attendais pas à une telle densité malgré le nombre de pages et les petits caractères. Je viens de finir ce matin, après quelques jours de lecture intensive.

J'ai été bouleversée, non seulement par les thèmes abordés mais aussi par ce qu'ils me ramènent à moi-même, à ma vie et mes drames personnels. Nous lisons aussi avec notre bagage ! Mon avis ne serait donc pas très objectif.

"Tout ce que j'aimais" est une traduction. Le sujet  est fouillé; il aborde plusieurs thèmes et analyse de nombreuses personnalités différentes. Il ne devait pas être facile à Siri Hustvedt de s'imposer aux côtés de son mari Paul Auster. Je crois qu'elle a bien gagné sa place dans la littérature américaine.

Livresquement vôtre, ce 31 - 07 - 08,

"Je reviens te chercher" de Guillaume Musso

 

 

Je reviens yte chercher

Je reviens te chercher

de Guillaume Musso

roman fiction - 327 pages

Editions XO

L'auteur :

Né à Antibes en 1974, Guillaume Musso, ce jeune auteur est traduit dans le monde entier.

Musso

"Et après ..." 2004

"Sauve-moi" 2005

"Seras-tu là ?" 2006

"Parce que je t'aime" 2007

sont ses oeuvres précédentes. Cet auteur au style original nous tient tant par les émotions que par le suspense qu'il maintient jusqu'au bout. Avec quelques touches de merveilleux et de mystère, il fouille l'âme humaine dans ses moindres recoins.

Le thème :

Ethan Whitaker a "réussi" sa vie, mais un matin, il se réveille avec une inconnue à ses côtés. Il ne se souvient de rien. Sa journée commence mal et se termine mal. Il la revivra pourtant par trois fois et veut maîtriser le destin comme il a toujours conduit sa vie. Y arrivera-t-il ?

Voyages dans le temps, mystère, amour, ... jusqu'au dénouement !

L'extrait :

     "Manhattan.

     Aujourd'hui.

     A l'arrière du Hummer, Ethan subissait un vrai tabassage en règle. Lunettes noires, mâchoires carrées et poignes de Terminators, deux MEN IN BLACK le paralysaient tandis qu'un troisième larron lui faisait regretter de ne pas avoir réglé ses dettes de jeu. Le cogneur avait une allure moins soignée, mais plus recherchée que ses deux "collègues". Torse nu sous sa veste de smoking, stetson vissé sur la tête, cheveux longs et gras, barbe de trois jours : il ressemblait à un caricature d'un bourreau sadique et semblait prendre plaisir à effectuer sa besogne. Au début de la tempête, Etan avait eu le réflexe de contracter ses abdos, mais les coups s'enchaînaient avec une telle rapidité qu'il avait fini par lâcher prise. A présent, il priait simplement pour que ce déluge ne s'éternise pas. Combien de temps résisterait-il encore à ce traitement ? Le sang qui coulait de son nez comme d'une fontaine se répandait partout sur ses habits et sur la bâche en plastique dont les gorilles avaient pris soin de recouvrir l'arrière du 4X4. Le véhicule avait d'ailleurs repris sa course, protégé par les vitrages opaques. "

...

Mon avis :

Suspense et mystère certes. Guillaume Musso maîtrise l'écriture et construit son livre de façon experte. Je regrette seulement tous les lieux commus dont il parsème son récit trop souvent à mon goût. Les références à d'autres maîtres, extraits proposés en tête de chapître, me suffisaient.

Je comprends que ceux qui aiment ce "phénomène" (Guillaume Musso) en redemandent, mais moi j'attends mieux au risque de me lasser.

Un Guillaume Musso pareil à lui-même. Lecture de détente et de vacances.

Livresquement vôtre, 11 - 07 - 08,

30/07/2008

"José" de Richard Andrieux

 

 

Richard Andrieux - José

José

de Richard Andrieux

premier roman - 118 pages

Editions Héloïse d'Ormesson

L'auteur :

Auteur-compositeur, Richard Andrieux signe son premier album en 1988. Suivent alors plusieurs pièces de théâtre et toujours la musique.

"José" est son premier roman (ouvrage sélectionné pour le 21 ème festival de premier roman de Chambéry 2008)

Le thème :

José a neuf ans. Il vit seul avec sa mère.

José s'invente un univers à lui où personne n'a accès. Il baptise les objets qui l'entourent d'un autre nom et il leur parle. Le médecin ne semble pas inqquiet mais sa mère ne supporte plus le silence dans lequel il se mure. Elle devient alcoolique et en meurt.

L'extrait :

     "Les résultats de José à l'école sont devenus catastrophiques.

     Hélène ne va pas fort non plus. Elle s'est mise à boire le soir devant la télé. Dans sa solitude, elle aime se laisser prendre par une ivresse amie qui l'accompagne jusque dans son sommeil." ... "Son fils est dans sa chambre; il joue avec un nouvel ami, un stylo qu'il appelle "monseigneur". Les yeux fermés, José essaye de dessiner "ange" qui n'arrête pas de galoper." ... "José s'allonge sur "voyage", éteint la lumière. Le sommeil arrive; il pense au docteur qu'il aime bien."

Mon avis :

Pudique dans l'apprentissage du deuil, ce court roman, tendre et poignant, se lit d'une traite. Son style est simple et concis, les mots justes, mais il manque un souffle évident. Parce que c'est un premier roman ?

Petit bouquin à découvrir.

livresquement vôtre,

29/07/2008

"Les inattendus" de Eva Kristina Mindszenti

Inattendus[1]

Les inattendus

Eva Kristina Mindszenti

premier roman - 90 pages

Editions Stock

L'auteur :

Eva Kristina Mindszendi est née en 1974 d'un père hongrois et d'une mère norvégienne, dans une famille d'artistes-peintres.

Encre de chiniste et photographe, elle vit et dessine à Toulouse.

"Les inattendus", son premier roman a été sélectionné pour le 21 ème festival du premier roman de Chambéry 2008.

Extrait :

     "J'ai apppris, à l'hôpital, qu'il y avait des enfants qui pensaient aussi précisément que nous mais qui ne l'exprimaient pas. C'est pour cette raison qu'on les appelle des légumes. Pourtant, ils ont de l'ambititon. Elle peut sembler dérisoire.

    Ne pas baver. Ne pas hurler. Serrer les doigts autour d'un objet sans qu'il tombe. Rester digne. Mais c'est une haute ambition, ça, que d'être digne. Tant d'entre nous échoueront. Ces enfants la convoitent. Ils désirent être de dignes légumes. Je les envie. Parce que je crois que, même si je le voulais, je ne parviendrais pas à être honorable. Mais je le désire.   ... "

Le thème :

Le récit se passe en Hongrie, à la front!ère avec la Slovaquie. Seul, l'Ipoly (petit cours d'eau) sépare les deux pays. Hofeher, un petit village, une seule rue, au bout, un hôpital, là, où certains parents, terrifiés, "jettent" leur enfant handicapé profond. Des petits monstres qui vivront à peine dix ans, et mourront dans l'oubli. L'héroïne, Klara, a vingt ans et s'engage dans cet hôpital. Elle y découvre une certaine beauté.

Mon avis:

Ambiance lourde, supportée par un style concis. A déconseiller aux "petits coeurs sensibles" même si la sensiblerie y est évitée avec soin et tact. Ceux qui ne veulent pas "voir" les horreurs de ce milieu particulier éviteront aussi cette lecture. L'auteur arrive cependant à nous attacher à ce monde caché.

Livresquement vôtre,

28/07/2008

La donation de Florence Noiville

La donation

de Florence Noiville

premier roman - 130 pages

Editions Stock 2007

La donation - Florence Noiville

L'auteur :

Florence Noiville est journaliste au MONDE.

- Isaac B. SINGER (2003 - prix du Récit biographique)

- nombreux ouvrages pour la jeunesse

"La donation" , son premier roman, a été sélectionné pour le 21 ème festival de Chambéry 2008.

Le thème :

Au travers d'une donation, une femme, se remémore son enfance, ses parents, sa soeur, mais surtout sa mère, et prend conscience de l'héritage non seulement matériel mais aussi génétique. Vers quel secret, enfoui, se dirige-t-elle ?

L'extrait :

... "Une fois de plus, j'avais peur. Peur que la mélancolie ne m'ait occultée et, à travers moi, qu'elle ne contamine mes filles. Peur des gènes et de la transmission - comme Kierkegaard qui, dit-on, avait renoncé à la paternité pour mettre un coup d'arrêt à la malédiction familiale. Peur de cette DONATION singulière et de son étrange ambivalence. Peur enfin qu'à cause d'elle, ce que je pensais être mes choix, mon libre arbitre, ne soient que de médiocres leurres.

     En réalité, je refusais d'en voir les signes. Mais, au fond de moi, je savais bien que les jeux étaient faits. Ma soeur et moi avions été "mordues par le mal". Certains été, je tremblais d'envoyer mes filles dans la maison de Tours ." ...

Mon avis :

Trente petits chapitres d'une analyse intérieure, précise et claire. Un style, des références, un livre attachant. Pour moi, plus un récit qu'un roman, mais une réelle promesse littéraire.

livresquement vôtre,

08/07/2008

Une nouvelle vie de Françoise Bourdin

Une  nouvelle vie

de Françoise Bourdin

roman - 340 pages

Editions Belfond

Une nouvelle vie

Françoise Bourdin : écrivain et scénariste française, née en 1952 à Paris. Passionnée d'équitation et de littérature, elle commence à écrire à 15 ans puis écrit son premier livre "Les soleils mouillés" (Julliard 1972)  à 20 ans. Ont suivi de nombreux autres qui furent adaptés à la téléviosn pour laquelle elle travaille aussi comme scénariste. Parmi les plus connus : "Les vendanges de juillet" - "Une passion fauve" - " Les sirènes de Saint Malo" - "Berill ou la passion en héritage" - "Les bois de Battandière"  ...

Françoise Bourdin

Le thème du livre :

Alban Espérandieu, pilote au long cours, doit renoncer à sa carrière après un accident. Il quitte Paris et se retrouve à Trouville, dans la maison de son enfance chez sa  grand-mère adorée, Jo. Là, tandis qu'il s'interroge sur son avenir, il découvre par hasard des événements étranges qui se sont déroulés dans la villa. Avec ses deux frères, il essaie d'y voir plus clair dans son passé. La maison livrera-t-elle ses secrets et empêchera-t-elle Alban de se reconstruire et d'envisager l'avenir avec Valentine dont il est fou ?

Extrait :

..... " - Oui , je me souviens qu'elle avait des gestes ... insensés. Mais votre père veillait, Antoine et moi aussi. Il ne vous est rien arrivé. En pension, vous étiez loin d'elle, elle avait l'air de s'apaiser. Votre père l'aimait passionnément, il a essayé de la soigner, de la protéger d'elle-même, hélas elle s'est suicidée dans une crise de démence. Tout ça est très triste, mais il n'y a aucun mystère là-dedans. Pourquoi aurais-tu voulu qu'on vous rabâche cette histoire chaque matin ? Mieux valait oublier, non ? Antoine et moi, nous nous sommes occupés de vous, de votre avenir. On ne vous a  pas trop parlé de vos parents, c'est vrai. A quoi bon ? Et aujourd'hui, vous êtes en train d'inventer n'importe quoi !

     De son poing fermé, elle donna un petit coup sur la table, comme pour ponctuer ses paroles.

     - Inventer, hein ? répéta lentemant Gilles.

     Il avait entendu trop de fausses confessions d'accusés en prison, mené trop d'interrogatoires serrés avec des témoins pour se laisser abuser. Joséphine lui cachait quelque chose, il en aurait mis sa main à couper, mais comment percer la chape de plomb qu'elle avait coulée sur le passé ?

     - Les secrets, Jo, c'est du poison, lâcha-t-il d'un ton sentencieux.

      - La vérité aussi ! "

.....

Mon avis :

Les romans de Françoise Bourdin séduisent un grand nombre de lecteur par la simplicité de son écriture et ses sujets menés avec adresse. Elle nous maintient en haleine jusqu'au bout ! Elle sait entretenir le suspense !!!

Bonne lecture de vacances et de détente. 

Livresquement vôtre,

07/07/2008

Professeur d'abstinence

 

Professeur d'abstinence

de Tom Perrotta

roman (400 pages) - Editions de l'Olivier

Professeur d'abstinence

 

Tom PERROTTA écrivain, acteur et producteur américain, né à Garwood New Jersey en 1961. Diplômé de Yale, il maîtrise l'humour noir à la perfection. "Prodesseur d'abstinence" est le deuxième roman traduit en français et publié par les Editions de l'Olivier.

Tom Perrotta

Cet auteur observe attentivement la société américaine, décrit les moeurs contemporaines de ses compatriotes dans ce roman désopilant et assez cruel et nous dépeint avec un humour grinçant une société pleine de paradoxes.

Les visages d'une Amérique actuelle et bien pensante qui se veut libre et se retrouve les mains liées à ses propres principes.

Le thème du livre :

Ce roman met en scène un professeur d'éducation sexuelle, Ruth Ramsey, et Tim Mason, coach d'une jeune équipe de football, également membre de la très traditionnaliste et puritaine Eglise du Tabernacle. Intervient  JoAnn Marlow, une "Consultante Virginité" qui utilise son sex-appeal pour prôner l'abstinence jusqu'au mariage.

Un jour, Ruth fait un commentaire imprudent sur la fellation et, choqués, certains parents menacent de traîner l'établissement en justice . . .

Extrait :

...

"Néanmoins, elle ne joue pas au football dans le but de bénéficier d'une instruction religieuse - rôle dévolu aux églises, aux synagogues et aux mosquées. J'ignore quel principe l'Assossiation a adopté à l'égard des séances de prière sous la tutelle d'un entraîneur (votre Guide  n'effleure même pas le sujet), mais de toute évidence se recueillir collectivement au cours d'un match ne relève en aucun cas de la mission dont se targue l'AFJSH qui, vous le savez, poursuit l'objectif admirable de "former au football les jeunes de Stonewood Heights, en promouvant fair-play, émulation, exercice physique et, au-delà, plaisir du sport" .

...

Avis personnel:

Lecture agréable, portrait d'une Amérique que j'ai rencontrée en 2002 et qui m'a beaucoup fait sourire. Satirique sans doute mais très "soft" !

Une bonne lecture de vacances.

Livresquement vôtre,