31/08/2008

"Les années" de Annie Ernaux

 

Les années de A Ernaux

 

Les années

de Annie Ernaux

autobiographie romanesque - 242 pages

Editions : NRF GALLIMARD

L'auteur :

ernauxanniephoto[1]

Annie ERNAUX  est née à Lillebonne le 1er septembre 1940.. Elle grandit à Yvetot, en Normandie, dans un milieu social modeste. Ses parents, d'abord ouvriers, sont devenus de petits commerçants. Elle fait ses études à l'université de Rouen et débute comme institutrice avant de devenir professeur agrégée de lettres modernes. Elle vit à Cergy dans la région parisienne.

Oeuvres :

- Les armoires vides - 1974

- Ce qu'ils disent ou rien - 1977

- La femme gelée - 1981

- La place - 1984

- Une femme - 1989

- Passion simple - 1991

- Journal du dehors - 1993

- La honte - 1997

- Je ne suis pas sortie de ma nuit - 1997

- La vie extérieure - 2000

- L'événement - 2000

- Se perdre - 2001

- L'occupation - 2002

- L'usage de la photo - 2005

- Les années - 2008

Le thème :

Autobiographie et Histoire.

Annie Ernaux raconte "SON" histoire dans l' "HISTOIRE".

Récit à la 3 ème personne, où toutes les femmes de sa génération se retrouvent. "Ce sera un récit glissant dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure jusqu'à la dernière page d'une vie ." (que je lui souhaite encore longue !)

Extraits :

      "Les Allemands de l'Est franchissaient les frontières, processionnaient autour des églises avec des bougies pour faire tomber Honecker. Le Mur de Berlin s'écroulait. C'était une époque rapide avec des tyrans exécutés après une heure de procès, des charniers d'où étaient exhibés des cadavres terreux. Ce qui arrivait outrepassait l'imagination - on avait donc cru le communisme immortel - et nos émotions ne suivaient pas la réalité. On se sentait au-dessous des événements, enviant les gens de l'Est de vivre des moments pareils. Puis on les voyait se précipiter dans les magasins de Berlin-Ouest et ils nous faisaient pitié avec leurs vêtements calamiteux et leurs sacs de bananes. Leur inexpérience de la consommation attendrissait. Puis le spectacle de cette faim collective de biens matériels, sans retenue ni distinction, nous contrariait. Ils ne se montraient pas à la hauteur de la liberté, pure et abstraite, qu'on avait forgée pour eux. L'affliction qu'on avait pris l'habitude d'éprouver vis-à-vis des peuples "sous le joug communiste" se changeait en observation réprobatrice de l'usage qu'ils faisaient de leur liberté.On les aimait mieux faisant la queue pour du saucisson et des livres, privés de tout, afin de savourer le bonheur et la supériorité d'appartenir au "monde libre".                                             p. 169-170

     "Ce qui compte pour elle, c'est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l'a traversée, ce monde qu'elle a enregistré rien qu'en vivant."                                                                  p. 238

Mon avis :

J'aime lire Annie Ernaux,  depuis que j'ai lu un de ses premiers livre "La place". J'aime son style. J'aime les thèmes qu'elle aborde avec simplicité même s'ils sont intimistes et autobiographiques. Elle est de mon époque. Les jeunes ne s'y retrouvent pas toujours. 

Dans "Les années" , c'est aussi ma vie qui défile ! Nous avons presque le même âge. Nous avons vécu les mêmes événements, les mêmes combats de femmes. Le style d'éducation était similaire puisque je suis issue d'un milieu ouvrier et que moi aussi j'ai quitté ce milieu pour l'enseignement même si je ne l'ai pas fait avec autant de révolte qu'elle. Elle est allée au bout de ses rêves avec une détermination que je n'ai pas et je l'admire pour cette volonté. 

Qu'elle puisse nous laisser encore une suite à ses témoignages du temps et nous donner encore de beaux romans à lire ! Allez à sa rencontre. Ses textes ne sont pas longs et se lisent facilement.

Livresquement vôtre, ce 6 septembre 2008                                                                                    

30/08/2008

"Le parfum d'Adam" de Jean-Christophe RUFIN

Fiche de lecture - 28-02-2008

LE PARFUM D’ADAM

 Jean-Christophe RUFIN

 le parfum d'Adam

Roman - 540 pages

Edition Flammarion 2007

 

L’auteur :

rufin jean

Jean-Christophe RUFIN, né à Bourges (Cher) le 28 juin 1952, est voyageur, médecin, ,pionnier de l’action humanitaire « sans frontières », écrivain et diplomate. Il a été sollicité à plusieurs reprises pour mener des opérations secrètes, notamment dans le cadre de libération d’otages (en Afrique et dans les Balkans). Ancien directeur d’Action contre la faim, il est actuellement ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.
 « En créant une intrigue au croisement de la médecine et de l’espionnage, il explore deux mondes qu’il connaît de l’intérieur et qui ont de plus en plus de liens entre eux. Mais il utilise son expérience pour en faire une pure fiction, à la force narrative et descriptive peu commune. »

Essais :

- Le Piège humanitaire. Quand l'humanitaire remplace la guerre.

- L'Empire et les nouveaux barbares.

- La Dictature libérale.

- L'Aventure humanitaire.

- Géopolitique de la faim: Faim et responsabilité.

- Un léopard sur le garrot.

Romans :

- L'Abyssin -  1997. prix Goncourt du premier roman et le prix Méditerranée

- Sauver Ispahan -  1998.

- Les Causes perdues -  1999, prix Interallié 1999

- Rouge Brésil -  2001. Prix Goncourt 2001

- Globalia -  2004

- La Salamandre - 2005

- Parfum d'Adam -  2007

 

Le sujet :

Juliette est une jeune militante écologiste française qui se fait entraîner dans un commando pour libérer des animaux de laboratoire.

Une agence de renseignements privée « Providence » , aux USA, est chargée de l’affaire et recrute 2 anciens agents : Paul (devenu médecin) et Kerry (psychologue)

Du Cap Vert à la Pologne, du Colorado au Mexique, Le parfum d’Adam est un thriller planétaire haletant.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce thriller et retrouvé le souffle de Rufin. Comme dans ses romans précédents, on ne voyage pas seulement dans les paysages mais aussi dans l’âme humaine.

Quelques citations :

« On ne surveille que ce dont on a peur. »

« On n’a pas peur de ce qu’on ne peut pas imaginer. »

« Les grandes choses ne se font que dans la soumission aveugle, une fois passée la première illumination de la conversion. 

Livresquement vôtre, ce 30 août 2008.

29/08/2008

"La bête qui meurt" de Philip Roth

 

la bête qui meurt

La bête qui meurt

de Philip Roth

roman - 216 pages

Collection FOLIO - GALLIMARD

L'auteur :

Philip Roth, né aux USA en 1933, vit dans le Connecticut.

Philippe Roth

Oeuvres :

- Goodbye, Colombus (1960) premier roman

- La contrevie (1987) National Book Award

- Patrimoine (1992)

- Le Théatre de Sabbath (1995)

- Pastorale américaine  (2000) Meilleur livre étranger

- La bête qui meurt (2001)

- La tache (2002) Prix Médicis étranger

Thème :

Sexualité, complicité, famille, amitié, mort ... Une analyse sans condition et sans fausse pudeur de l'âme humaine.

David Kepesh, professeur vieillissant, attaché à sa liberté et séducteur invétéré, découvre la dépendance sexuelle à 62 ans en séduisant une de ses étudiantes, Consuelo.

Extraits :

     "Le temps passe. Le temps passe et j'ai de nouvelles petites amies. Parmi mes étudiantes. Des femmes qui ont été mes petites amies il y a vingt, trente ans, reparaissent dans ma vie. Il y en a qui ont déjà divorcé plusieurs fois, il y en a qui ont dû consacrer tant d'énergie à s'installer professionnellement qu'elles n'ont même pas eu le loisir de se marier; d'autres, encore seules, m'appellent pour se plaindre des hommes qu'elles rencontrent. Ces rencontres, c'est l'horreur, impossible d'engager une relation, le sexe devient risqué. Les hommes sont narcissiques, dépourvus d'humour, fous, obsessionnels, arrogants, primaires; de deux choses l'une, ou bien ils sont beaux mecs, virils, et foncièrement infidèles, ou bien ils sont châtrés, impuissants - quand ils ne sont pas tout simplement trop crétins."  (...)

     "Quand on vit chaste, sans sexe, comment supporter les défaites, les compromis, les frustrations de l'existence ? En gagnant plus d'argent, toujours plus ? En faisant des enfants ? Ca aide, mais c'est loin de valoir la Chose. Parce que la Chose a élu domicile dans ton être physique,dans la chair qui naît, la chair qui meurt. Parce que c'est seulement quand tu baises que tu prends ta revanche, ne serait-ce qu'un instant, sur tout ce que tu détestes et qui te tient en échec dans la vie. C'est là que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n'est pas le sexe qui corrompt l'homme, c'est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C'est aussi une revanche sur la mort. Ne l'oublie pas, la mort. Ne l'oublie jamais. Non, le sexe n'a pas un pouvoir illimité, je connais très bien ses limites. Mais dis-moi, tu en connais, un pouvoir plus grand ?"   (...)

Mon avis :

Peu d'auteurs ont parlé de la sexualité avec autant d'audace et autant de pudeur. Peu d'auteurs ont analysé le désir avec autant de vérité, approché l'animalité dans chaque homme avec autant de clairvoyance et de sincérité. C'est dans l'analyse de notre condition humaine que Philip Roth nous convie, dans un langage cru et sans détour, qui pourrait "choquer" quelques-uns mais ... ne soyons pas hypocrites.

Philip Roth est un grand écrivain.

Livresquement vôtre, le 13 août 2008

 

27/08/2008

"L'attentat" de Yasmina Khadra

 

 

l'attentat de Y kahdra

L'attentat

de Yasmina Khadra

roman - 246 pages

Editions  Julliard Pocket

L'auteur :

khadra

De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, Yasmina Khadra est né à Kenadsa dans le Sahara algérien en 1955, d'un père infirmier et d'une mère nomade. Son père le confie à l'Ecole des cadets de la révolution à l'âge de 9 ans. Après 36 ans de vie militaire, il décide en 2000 de se consacrer entièrement à la littérature.

Il est installé en France depuis 2001 et vit à Aix-en Provence.

Ses oeuvres:

"L'attentat" fait partie d'une trilogie avec "Les hirondelles de Kaboul" (2002) et "Les sirènes de Bagdad" (2006)

"L'écrivain" (2001) et "L'imposture des mots" (2002) sont deux oeuvres autobiographiques.

"Ce que le jour doit à la nuit" (2008) dernier paru chez Julliard.

L'oeuvre :

"L'attentat" a reçu de nombreux prix dont le Prix des Libraires et le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.

Livre sur le terrorisme, le kamikaze, le conflit israélo-palestinien, l'intégrisme islamique, la haine et l'humiliation ...

"Dans un restaurant de Tel Aviv, une jeune femme se fait exploser au milieu de dizaines de clients. A l'hôpital, le docteur Amine, chirurgien israélien d'origine arabe, opère à la chaîne les survivants de l'attentat. Dans la nuit qui suit le carnage, on le rappelle d'urgence pour examiner le corps déchiqueté de la kamikaze. Le sol se dérobe alors sous ses pieds : il s'agit de sa propre femme.

Comment admettre l'impossible, comprendre l'inimaginable, découvrir qu'on a partagé, des années durant, la vie et l'intimité d'une personne dont on ignorait l'essentiel ?

Pour savoir, il faut entrer dans la haine, le sang et le combat désespéré du peuple palestinien ..."

                                                       4 ème de couverture.

L'extrait :

     " - Laisse la rumeur des flots absorber celle qui chahute ton intérieur, me surprend le vieux Yehuda en se laissant choir à côté de moi. C'est la meilleure façon de faire le vide en soi ...

     Il écoute une vague se gargariser dans le creux du rocher puis, passant son poignet sur son nez, il me confie :

       - Il faut toujours regarder la mer. C'est un miroir qui ne sait pas nous mentir. C'est aussi comme ça que j'ai appris à ne plus regarder derrière moi. Avant, dès que je jetais un coup d'oeil par-dessus mon épaule, je retrouvais intacts mes chagrins et mes revenants. Ils m'empêchaient de reprendre goût à la vie, tu comprends ? Ils gâchaient mes chances de renaître de mes cendres ... "      p.81

...

     " - Je ne comprendrai jamais pourquoi les survivants d'un drame se sentent obligés de faire croire qu'ils sont plus à plaindre que ceux qui y ont laissé leur peau."                                                     p.84

...

     " - Personne ne rejoint nos brigades pour le plaisir, docteur. Tous les garçons que tu as vus, les uns avec des frondes, les autres avec des lance-roquettes, détestent la guerre comme c'est pas possible . Parce que tous les jours, l'un d'eux est emporté dans la fleur de l'âge par un tir ennemi. Eux aussi aimeraient jouir d'un statut honorable, être chirurgiens, stars de la chansosn, acteurs de cinéma , rouler dans de belles bagnoles et croquer la lune tous les soirs. Le problème, on leur refuse ce rêve, docteur. On cherche à les cantonner dans des ghettos jusqu'à ce qu'ils s'y confondent tout à fait. C'est pour ça qu'ils préfèrent mourir. Quand les rêves sont éconduits, la mort devient l'ultime salut ... Sihem l'avait compris, docteur. Tu dois respecter son choix et la laisser reposer en paix."                                  p.213

Mon avis :

On ne sort pas indemne d'une telle lecture. Non seulement , elle nous ouvre les yeux sur un conflit qui nous restait étranger et que nous ne comprenions pas très bien, mais nous aide à comprendre (non pas à disculper ce qui appartient à Dieu, ou Allah), comment la haine naît dans le coeur des hommes. Le talent et l'écriture sont indéniables.

C'est le premier livre que je lis de Yasmina Khadra, bien que connaissant les titres et succès de certains autres. Je crois que prochainement je vais en ouvrir d'autres.

A découvrir si vous ne connaissez pas encore !

Livresquement vôtre, ce 27 août 2008

21/08/2008

"C'est très bien comme ça" de Annie PROULX

 

Cest très bien comme ça

C'est très bien comme ça

de Annie PROULX

9 nouvelles - 316 pages

Editions GRASSET 2008

L'auteur :

Annie Proulx

Née le 22 août 1935 dans le Connecticut, de mère anglaise et de père franco-canadien, Annie proulx est d'abord journaliste. Ce n'est que tard, en 1992, qu'elle publiera un premier roman. Couronnée de plusieurs prix, elle est considérée comme un des plus grands écrivains américains. Elle vit actuellement dans le Wyoming.

Ses oeuvres chez Grasset :

- Les crimes de l'accordéon - 2004 

- Noeuds et dénouement - 2005

- Un as dans la manche - 2005

- Brokeback mountain - 2006

- Nouvelles histoires du Wyoming - 2007   

- Cartes postales - 2007    

Extraits :

1 - "Le sens de la famille"

"...Elle avait rassemblé toutes les notices nécrologiques qu'elle avait pu trouver, mais ne nous en avait jamais parlé et les gardait dans une grande enveloppe, sur laquelle elle avait écrit "Notre famille". Je ne sais pas si c'était de l'ironie . ... "

2 - "J'ai toujours adoré cet endroit "

"Il regarda les pentes rocheuses ruisselantes de l'eau noire du Styx. "Diable ! La vue seule vaut des milliards. C'est à vous couper le souffle. J'ai toujours adoré cet endroit. "

3 - "Les vieilles chansons de cow-boys"

... "Et Archie McLaverty avait une voix de chanteur qu'on n'oubliait pas une fois qu'on l'avait entendue. Voix franche et dure qui laissait tomber les mots à mi-distance du cri et du chant, voix triste et plate, sans fioritures, qui exprimait des choses que l'on sentait mais qui étaient indicibles."

4. "L'enfant Armoise"

    "Le temps passa et l'armoise, nourrie et choyée comme aucun cochonnet, aucun poulet et peu de bébés le furent jamais - car Mizpah en était venue à mélanger de la sauce et du jus de viande à la ration d'eau initiale -, crût prodigieusement. Au crépuscule, on aurait dit un grand type les mains levées sous la menace d'un revolver. En hiver, la neige la faisait étinceler comme un arbre de fête. Les voyageurs la remarquaient : c'était le plus grand buisson d'armoise visible dans la région désertique entre Medecine Bow et le relais de Sandy Skull. Elle devint un point de repère pour les déserteurs. " ...

5. - "La ligne de partage"

... "Il lui fallait une frontière à conquérir - mais, semblait-il, depuis l'époque de son grand-père, il ne restait plus de frontières. Sans le savoir, Hi était en quête d'un but, d'un objectif que pourrait mener à bien son corps épargné par le destin. Helen, avec ses dix-neuf ans et ses longs cheveux bruns de la couleur du bois, lui était apparue comme l'île que découvre enfin le naufragé. Ensemble, ils inventeraient leur frontière. "

6. - "La Grande Coupe Grasse de Sang"

    " C'était le silence qui avait troublé leur sommeil, une voix qui s'était tue. La chaman avait cessé de chanter. Nuit après nuit, ses prières et ses invocations monotones avaient formé le solennel arrière-plan des rêves du clan. Sa voix, appel, séduction et caresse, était devenue un élément naturel, à l'égal de la vibration sonore émise par les ailes de la sauterelle, des cris crépitants des grues. Le vieil homme, a qui il était interdit de manger pendant la cérémonie de l'invocation, s'était émacié et sa voix affaiblie, tremblotante, était devenue presque inaudible. Maintenant, il était silencieux; sa tâche était accomplie. Ce silence fit naître une grande excitation. "

7. "La farce du marais"

     "L'un des passe-temps préférés du Diable était la lecture des mails auxquels il donnait suite comme s'ils lui étaient adressés : dévastation et confusion se diffusaient ainsi en vagues plaisantes. Pour récompense de leurs services, les pirates de l'informatique obtenaient une brève dispense de leurs séances de barbecue, et le Diable goûtait la sensation de s'occuper d'affaires importantes. "

8. "Le témoignage de l'âne"

    "Ils partaient le lendemain matin pour une randonnée de dix jours dans le massif d'Old Bison. La piste Jade était fermée depuis des années, mais Marc se plaisait à l'idée de contourner les réglements du service des Forêts. C'était leur habitude de faire un bon dîner la veille de leur départ pour l'aventure, et de manger frugalement quand ils étaient dans la nature : en somme, de célébrer le carnaval avant le carême. Avoir un peu faim, disait Marc, stimule l'esprit. "

9. "Dans le fossé, les sabots en l'air"

"Le pire moment de l'année, c'était le printemps, quand alternaient les blizzards et des poussées d'une chaleur saharienne. Un soir fouetté de neige, alors que Dakotah mettait la table, Verl dit qu'une vache avait tenté de gravir une pente raide et que le sol humide s'étant dérobé sous elle, elle avait atterri sur le dos dans la rigole.

"J'ai eu de la chance aujourd'hui. Une maudite vache s'est retrouvée dans le fossé, les sabots en l'air, y a deux jours. Elle était morte quand je l'ai vue."

...

"Sash, dit-elle enfin, si bas qu'ils purent à peine l'entendre, Sash est dans le fossé, les sabots en l'air."

Mon avis :

J'ai lu ces nouvelles entre les 10 et 16 août. Elles nous transportent dans le Wyoming, le Dakota, le Montana, des régions du Middel West américain, avec leurs ranches, leurs cow-boys, leurs fermiers ... La vie y est rude au fil des années et des saisons qui burinent les hommes et relèguent les femmes à l'abnégation où tendresse et sentiment sont des mots oubliés ou bannis de leur vocabulaire.

Une rencontre avec un peuple de pionniers résignés et orgueilleux.

Livresquement vôtre, le 16 août 2008

18:20 Écrit par Mamylectrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : annie proulx - nouvelles - wyoming - |  Facebook |

"Jeune fille" de Anne Wiazemsky

 

 

Jeune fille de A Miazemsky

Jeune fille

de Anne WIAZEMSKY

roman biographique - 211 p.

Editions FOLIO (4722) GALLIMARD

L'auteur :

anne_wiazemsky[1]

Petite-fille de François Mauriac, Anne Wiazemsky est née à Berlin le 14 mai 1947. D'abord actrice, elle épouse Jean-Luc Godard en 1967. Elle devient écrivain et publie un recueil de nouvelles "Des filles bien élevées" en 1988 pour lequel elle reçoit le Grand Prix de la Nouvelle de la Société des Gens de Lettres.

Suivent des romans :

- Mon beau navire - 1989

- Marimé - 1991

- Canines - 1993 - Prix Goncourt des Lycéens

- Une poignée de gens - 1998 - Prix de l'Académie française

- Aux quatre coins du monde - 2001

- Sept garçons - 2002

- Je m'appelle Elisabeth - 2004

- Jeune fille - 2007

Le thème :

Roman biographique, ce livre nous fait découvrir le monde du cinéma dans les années 60.

Anne, 18 ans, passe ses vacances avec le réalisateur Robert Bresson  qui lui, en a 64. Elle est engagée pour le film "Au hasard Balthazar". Il l'initiera au cinéma mais une étrange relation se noue entre les deux. Il est possessif à l'extrême, autoritaire et amoureux. Elle est impressionnée mais finit par se libérer de son emprise.

L'extrait :

"Le chef décorateur Pierre Charbonnier me désigna avec autorité une chaise vide entre lui et Ghislain Cloquet. En fait, il me tirait d'embarras et je me glissai entre les deux hommes. Non sans avoir eu la fugitive satisfaction de surprendre chez l'AUTRE une grimace de dépit.

A peine étais-je assise que les plaisanteries reprisrent de plus belle : pourquoi mon mentor m'avait-il libérée ? Lui avais-je déplu ? Etait-ce le début de ma disgrâce ? Ou, à l'inverse, le début d'une saine révolte de ma part ? J'appris que l'on me surnommait la "petite prisonnière" et que le comportement de Robert Bresson était fortement critiqué. Beaucoup jugeaient inadmissible sa volonté de déjeuner jour après jour à l'écart de l'équipe et de m'empêcher de me joindre à elle.

- Ca suffit, fichez-lui la paix ! tonna Pierre Charbonnier.  "

.....

Mon avis :

Une découverte du monde et des gens de cinéma, des metteurs en scène jusqu'au plus petit des éclairagistes.

1965 et l'esprit d'alors, les films, la presse, la mode, et la libération des femmes qui pointe le nez, ... réminiscences qui s'ajoutent à mes souvenirs personnels. Un livre que j'ai lu de bout en bout avec beaucoup d'intérêt, d'autant que l'analyse des caractères des principaux personnages est assez fine.

Les lecteurs qui ont eu 20 ans dans ces années-là apprécieront davantage sans doute.

C'est le premier livre de A. Wiazemsky que je lis et c'est une découverte.

Livresquement vôtre, le 11 août 2008

19/08/2008

"Le Pavillon des Pivoines" de Lisa SEE

 

Le pavillon des Pivoines

Le pavillon des Pivoines

de Lisa SEE

roman - 417 pages

Editions Flammarion

L'auteur :

Lisa SEE 1955

Lisa SEE est née à Paris le 18 février 1955, d'un père chinois et d'une mère romancière américaine Carolyn SEE. Elle vit actuellement à Los Angeles avec son mari et ses 2 fils.

Elle a été élue "La femme de l'année" en 2001.

Son oeuvre :

- The Flower Net (1997)

- La Mort Scarabée (Calmann-Lévy 1998) nommé aux Edgar Awards

- The Interior (1999)

- On Gold Mountain

- Dragon Bones (2003)

- Snow Flower and the Secret Fan (2005)

- Le Pavillon des Pivoines (2007)

Le thème du livre :

L'action se situe au XVII siècle en Chine, juste après la chute de la dynastie Ming et la prise du pouvoir par les Mandchous.

Pivoine, comme toutes les femmes de sa condition, vit recluse dans les appartements des femmes. Elle va avoir 16 ans et est promise à un mari qu'elle n'a jamais rencontré. Pour ses seize ans, son père a engagé une troupe de théâtre qui viendra jouer son opéra favori (et sa seule lecture) "Le Pavillon des Pivoines". Les femmes regarderont l'opéra derrière un paravent.

Durant la représentation, qui dure trois jours, Pivoine tombe amoureuse d'un jeune homme élégant et beau. C'est dans ce récit d'un amour contrarié et imprégné de mystère que nous plonge Lisa SEE. Toutes les croyances et traditions chinoises y trouvent leur place, de la vie des âmes après la mort jusqu'aux pieds bandés des femmes de hautes conditions.

L'extrait :

     "Durant le banquet, Ren et son épouse furent escortés jusqu'à la chambre où devait se dérouler la nuit de noces. Des cierges rouges, hauts de près d'un mètre, répandaient dans la pièce une lueur dorée. S'ils n'étaient pas entièrement consumés d'ici la fin de la nuit, ce serait de bon augure. La cire qui s'écoulait était à l'image des larmes que verserait la mariée, une fois seule en compagnie de son époux. Si jamais l'un des cierges s'éteignait - fût-ce accidentellement - cela présagerait la mort prématurée de l'un des époux. L'orchestre jouait bruyamment et j'étais terrifiée par le fracas des cymbales. Chaque roulement de tambour me glaçait davantage. Les orchestres jouent toujours très fort lors des mariages ou des funérailles, afin d'effrayer et de chasser les esprits malfaisants. Mais je n'étais pas un esprit malfaisant : j'étais une jeune fille au coeur brisé, qui s'était vue privée du destin qui l'attendait. Je restai aux côtés de Ren jusqu'à ce que les pétards ne se mettent à exploser. Leurs détonations me secouèrent bientôt dans tous les sens. C'était plus que je n'en pouvais supporter et j'allai me réfugier dans les hauteurs de la pièce.
     D'où j'étais, je vis mon poète tendre les mains vers le voile de son épouse, ôter les épingles qui le maintenaient et le soulever afin de faire apparaître son visage, que je reconnus aussitôt.

     Tan Ze !

     J'étais doublement furieuse. Le premier soir de la représentation, bien des années plus tôt, cette gamine m'avait dit qu'elle demanderait à son père de se renseigner au sujet de Ren. Et aujourd'hui, elle avait obtenu ce qu'elle convoitait. Comme j'allais souffrir ! Mon esprit n'aurait de cesse de venir la hanter, j'allais rendre ses journées infernaless, et l'accabler de toutes les misères. J'avais beaucoup souffert, ces dernières années, mais la vue de Ze - dont les seins d'une blancheur parfaite se révélaient à présent, dans toute leur nudié - me plongeait dans un désespoir et une rage incommensurablement supérieurs. Comment la mère de Ren avait-elle pu porter son choix sur cette petite peste ? Je l'ignorais, mais le fait était là : parmi toutes les femmes de Hangzhou, elle s'était arrangée pour que son fils épouse celle qui était le mieux à même de me faire souffrir. Etait-ce pour cela que Ze était restée d'une telle immobilité dans la chambre nuptiale ? S'était-elle protégée à l'avance, sachant que je serais là ? Le livre de la piété filiale à l'usage des filles  prétend que la jalousie est la pire des émotions qui peuvent s'emparer de nos ancêtres - et j'en étais l'illustrations parfaite.

     Ren défit les noeuds qui retenaient la jupe de Ze. " ....

Mon avis :

La découverte de la Chine ancienne, de ses valeurs, ses traditions et ses croyances m'a fascinée. La découverte des "pieds bandés" dans toute sa réalité m'a émue. Je connaissais cette tradition ancienne mais je croyais qu'elle était appliquée à toutes les femmes et qu'elle empêchait les pieds de grandir. Je n'imaginais pas le douloureux procédé, et appliqué par la mère  !!! Quelle est la condition des femmes dans la Chine actuelle ? Une nouvelle curiosité pour moi maintenant !

J'ai envie d'aller lire un autre livre de Lisa SEE ...

livresquement vôtre, ce 19 août 2008,