09/12/2008

"Abreuvons nos sillons" de Skander Kali

 

Abreuvons nos sillons.

de Skander Kali

premier roman - 173 pages

Editions du Rouergue - 2008

Abreuvons nos sillons

 

L'auteur :

Kali[1]

Skander Kali est né le le 15 mars 1970 à Paris.

Il a longtemps vécu à Vitry-sur-Seine où se déroule son premier roman.

Il vit aujourd'hui en Ile-de-France. Il est célibataire et enseignant.

"Abreuvons nos sillons" est son premier roman.

Le thème :

Cissé raconte donc sa courte histoire, entre 16 et 18 ans, son histoire de «monstre». Depuis toujours, une Voix l'habite, «peut-être ma conscience, peut-être mes remords, peut-être ma folie, peut-être Allah» écrit-il. Car Cissé se parle, et cette Voix l'amène souvent au pire. Il nous parle de sa vie de «bâtard», sa «vie de misère à faire pleurer les assistantes sociales», car le roman joue parfois avec humour des clichés sur la banlieue. Sa scolarité ratée dans un collège de Vitry, ses déambulations sur le parking d'Atac, sa famille de «pauvres nègres», l'amour délirant qu'il porte à une monitrice de colonie rencontrée durant l'été, Mademoiselle Baudricourt. Cissé se voit comme appartenant à la foule des «crevards», en marge de la France blanche. Son premier véritable acte de violence, c'est contre lui-même qu'il l'exerce, en s'immolant devant son prof de français, M. Traoré, qui, avec sa «grosse voix d'Africain», a eu le tort de lui faire étudier Le Cid et la distinction entre sang pur et impur. Sa différence, il la porte désormais sur son visage de grand brûlé, à «la peau fripée comme du chewing-gum cramé», qui l'oblige à se dissimuler sous une capuche et des lunettes noires. Jusqu'à sa mort, sous un escalier de la prison en flammes, il persiste pourtant à crier sa Vérité, sa Voix ne renonce pas, sa Voix qui se déroule comme une vague et donne au roman son énergie.

L'extrait :

     "J'ai regardé par la fenêtre.

     On voyait les crevards dans la cour. Ca me bousillait de les voir. Ca me bousillait de savoir que je faisais partie de ces miséreux.

     J'ai pensé à ça.

     Et j'ai allumé mon tee-shirt.

     Il était trempé.

     Au début, ça a fait des petites flammes et ça faisait juste un peu chaud. Et puis, mon jean a pris feu et les traînées d'alcool qui couvraient mon cou aussi. Et la dernière chose dont je me souviens, c'est le picotement de la peau et l'odeur des cheveux cramés.

     Et après, j'ai tellement eu mal que je n'ai pas pu rester assis. Je suis tombé sur ma jambe cassée et j'ai continué à brûler par terre et je n'ai plus pensé à rien d'autre.

    Tout ce que je voulais, c'était mourir pour ne plus souffrir. "       p. 106

Mon avis :

Skander Kali est l'auteur d'un premier roman violent. Le langage est brut, cru, dénué de tout artifice littéraire, une écriture singulière, vivace. Purement fictif le roman s'inscrit prourtant dans une réalité identifiable. Humour noir, ton désabusé, le héros est pourtant très attachant par sa "folie".

 



Commentaires

Désespérance banlieusarde Avec pareil titre de roman, évidemment que l’on pense à l’hymne national français. De plus, qui abreuve nos sillons ? Un sang impur. Quel est le sang impur ? Là, le héros du roman, Africain musulman se sent visé ; lui qui aspire pourtant à la pureté.
Skander Kali fait vivre son héros à Vitry qu’il connaît bien puisqu’il y a résidé une bonne partie de sa vie. Il s’agit de son premier roman qui a été sélectionné pour le 22ème Festival du 1er roman à Chambéry.
Vitry, la banlieue, l’immigration. L’intégration est-elle possible ? Le portrait que trace Skander Kali est bien sombre, voire désespéré. Il y a un tel fossé d’incompréhension ! Et celui-ci mène évidemment à la violence. Purifier l’atmosphère ? La purification passe par le feu ! Cissé, le héros malheureux du roman suit sa propre logique : perte de temps au lycée où il ne comprend rien, recherche d’un amour impossible, désespérance personnelle. Et pourtant, tout aurait pu être sauvé, parce que Cissé a en lui une noblesse de cœur qui ne demande qu’à faire le bien autour de lui. Encore faut-il en décrypter le message.
Ce qui déforce ce roman, c’est le type même de situations qu’il développe : l’ado en banlieue a déjà été tellement rabâché qu’il devient fort difficile de créer de l’original
La structure même du roman est originale : la situation de départ permet un long retour en arrière où le lecteur peut suivre tout le cheminement de cet ado au destin tragique jusqu’au déroulement final dramatique.

Écrit par : Didier D'HALLUIN | 09/07/2009

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