13/12/2008

"Le pavillon des douanes" de Jean Jauniaux

Le pavillon des douanes

de Jean JAUNIAUX

Nouvelles - 172 pages

Editions Luce Wilquin

Le pavillon des

L'auteur :

Jean Jauniaux

Le thème :

Extrait :

Mon avis :

17:53 Écrit par Mamylectrice dans Romans | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

09/12/2008

"Abreuvons nos sillons" de Skander Kali

 

Abreuvons nos sillons.

de Skander Kali

premier roman - 173 pages

Editions du Rouergue - 2008

Abreuvons nos sillons

 

L'auteur :

Kali[1]

Skander Kali est né le le 15 mars 1970 à Paris.

Il a longtemps vécu à Vitry-sur-Seine où se déroule son premier roman.

Il vit aujourd'hui en Ile-de-France. Il est célibataire et enseignant.

"Abreuvons nos sillons" est son premier roman.

Le thème :

Cissé raconte donc sa courte histoire, entre 16 et 18 ans, son histoire de «monstre». Depuis toujours, une Voix l'habite, «peut-être ma conscience, peut-être mes remords, peut-être ma folie, peut-être Allah» écrit-il. Car Cissé se parle, et cette Voix l'amène souvent au pire. Il nous parle de sa vie de «bâtard», sa «vie de misère à faire pleurer les assistantes sociales», car le roman joue parfois avec humour des clichés sur la banlieue. Sa scolarité ratée dans un collège de Vitry, ses déambulations sur le parking d'Atac, sa famille de «pauvres nègres», l'amour délirant qu'il porte à une monitrice de colonie rencontrée durant l'été, Mademoiselle Baudricourt. Cissé se voit comme appartenant à la foule des «crevards», en marge de la France blanche. Son premier véritable acte de violence, c'est contre lui-même qu'il l'exerce, en s'immolant devant son prof de français, M. Traoré, qui, avec sa «grosse voix d'Africain», a eu le tort de lui faire étudier Le Cid et la distinction entre sang pur et impur. Sa différence, il la porte désormais sur son visage de grand brûlé, à «la peau fripée comme du chewing-gum cramé», qui l'oblige à se dissimuler sous une capuche et des lunettes noires. Jusqu'à sa mort, sous un escalier de la prison en flammes, il persiste pourtant à crier sa Vérité, sa Voix ne renonce pas, sa Voix qui se déroule comme une vague et donne au roman son énergie.

L'extrait :

     "J'ai regardé par la fenêtre.

     On voyait les crevards dans la cour. Ca me bousillait de les voir. Ca me bousillait de savoir que je faisais partie de ces miséreux.

     J'ai pensé à ça.

     Et j'ai allumé mon tee-shirt.

     Il était trempé.

     Au début, ça a fait des petites flammes et ça faisait juste un peu chaud. Et puis, mon jean a pris feu et les traînées d'alcool qui couvraient mon cou aussi. Et la dernière chose dont je me souviens, c'est le picotement de la peau et l'odeur des cheveux cramés.

     Et après, j'ai tellement eu mal que je n'ai pas pu rester assis. Je suis tombé sur ma jambe cassée et j'ai continué à brûler par terre et je n'ai plus pensé à rien d'autre.

    Tout ce que je voulais, c'était mourir pour ne plus souffrir. "       p. 106

Mon avis :

Skander Kali est l'auteur d'un premier roman violent. Le langage est brut, cru, dénué de tout artifice littéraire, une écriture singulière, vivace. Purement fictif le roman s'inscrit prourtant dans une réalité identifiable. Humour noir, ton désabusé, le héros est pourtant très attachant par sa "folie".

 



"Le passé devant soi." de Gilbert Gatoré

Le passé devant soi

Le passé devant soi.

de Gilbert GATORE

premier roman - 215 p.

Editions PHEBUS

 L'auteur :

Gilbert Gatoré

Né en 1981 au Rwanda, Gilbert Gatore vit aujourdhui à Paris. Cet écrivain-né, déjà lauréat du prix universitaire de la nouvelle, a tenu son journal intime dès l'âge de 8 ans. La confiscation de ces carnets par les douaniers pendant la guerre alors quil fuyait avec sa famille l'a douloureusement marqué. Après avoir tenté vainement de les reconstituer durant des années, il s'est attelé au roman. Cette poignante évocation de la guerre au Rwanda est le premier tome d'une trilogie intitulée «Figures de la vie impossible».

Le thème :

Niko est beau mais muet et simple d'esprit. Enrôlé malgré lui et à la tête des "Enragés volontaires", il a massacré des foules entières à la machette lors des événements du Rwanda Il a trouvé refuge sur une île au fond d'une grotte peuplée de singes. Isolé, dans les ténèbres, il est en proie à ses souvenirs. De son côté, Isaro, une jeune Rwandaise adoptée en France après l'assassinat de ses parents, mène une vie d'étudiante insouciante. Un jour, des informations alarmantes à la radio la ramènent au passé. Elle quitte ses parents adoptifs pour retourner au  pays, y recueillir des témoignages et tenter de reconstruire son identité.

L'extrait : 

     Aurait-il compris si elle lui avait dit qu'elle voulait surtout entendre les sonorités, sentir les odeurs, goûter les saveurs qui avaient bercé son enfance ? Ne lui aurait-il pas ri au nez, si elle avait avoué qu'elle souhaitait avant tout, trouver le lieu où poussaient les bégonias et y demander si quelqu'un se souvenait d'une petite fille qui, il y a vingt-cinq ans, répondait au nom d'Isaro ? Aurait-il été d'accord pour la conduire si elle avait confié qu'elle souhaitait aller sur la tombe des siens et, s'il n'en existait pas, en fabriquer une, y ensevelir ses larmes et y poser une croix ? Elle se promit d'aborder ces questions plus tard, lorsqu'ils se connaîtraient mieux."                 p. 127

     187. Dans toutes ces scènes que sa mémoire régurgite, il évolue naturellement. Jamais il ne semble gêné par ce qu'il pense, voit, entend et fait. Qualifier de barbares des gens dont il ne savait rien sauf cette mention sur leur carte d'identité. Refouler la question élémentaire : "Pourquoi ?" Pourquoi  ne s'est-il pas demandé pourquoi il faisait tut cela ? Se satisfaire de s'entendre appeler "Chef". Engloutir des litres de bière et des kilos de viande dans une allégresse aveugle, au milieu des morts. Se passionner tous les matins, pendant des mois, comme s'il s'agissait d'aller jouer au ballon. Rester serein une fois tout cela terminé. Revenir à la vie normale en écartant simplement les cadavres. Fouler un sol suintant de sang, l'esprit léger, fût-ce en apparence. Passer le temps à inventer et à dessiner des figures sur des objets.

     188. Le meurtre est-il impardonnable parce que le seula persone de qui pourrait venir le pardon valable n'est plus là ?      p. 169

Mon avis :    

Ayant vécu quelques années en Afrique noire, je suis particulièrement touchée par le thème de ce livre. Les massacres qui se sont produits au Rwanda ont été d'une violence sans égale car tout un peuple y a participé, pas seulement les autorités qui avaient ordonné la tuerie. Il faudra de nombreuses années encore - voire des générations - pour que ce peuple retrouve son identité et ses repères. Les survivants, eux, supportent leurs cauchemars comme ils le peuvent; les bourreaux aussi !

Un premier roman, bien écrit, fort, sensible, finement analysé, que nous nous devons de lire pour approcher d'un peu plus près le problème de ce génocide incompréhensible et d'une barbarie indigne de l'homme.