27/07/2009

"Les graffitis de Chambord" de Olivia ELKAIM

Les graffitis de Chambord

Olivia ELKAIM

Premier roman - 274 pages

Editions Grasset

les graffitis de Ch

 

L'auteur :

Née en 1976, Olivia Elkaim mène de front les métiers de journaliste et d'écrivain afin de comprendre les racines et les nouveaux enjeux de la femme moderne et d'explorer plus avant la thématique de la trace.

Son oeuvre :

- Chair de femme - 2008 - Nouvelles

- Amazones ou princesses - 2006 - essai

Le thème :

Dans ce premier roman, Olivia ELKAIM aborde avec pudeur la question de la mémoire et de l'oubli.

2006 - Trevor, banquier. 1945 - Simon, écrivain juif. 1940 - Isaac, résistant. Un lien plus fort que la mort unit ces trois époques. "Un fils doit rendre hommage aux traces qu'a laissées son père."

L'extrait :

     " A Chambord, les murs parlent. Ils sont couverts de toutes sortes de "graffitis", gravés dans le tuffeau depuis le XVe siècle ou simplement dessinés au feutre pour les plus récents. Des domestiques, des aristocrates, des courtisanes, des soldats, des étudiants, des solitaires, des couples, des anonymes, des écrivains, des brouilleurs de piste - les signataires ne se désignant pas toujours, voire se donnant des surnoms, inscrivant une date pour une autre, un mot pour un autre ...Tous ces gens ont laissé des messages, des poèmes, des citations, des mots d'amour, juste un nom, leurs états d'âme, leurs considérations philosophiques ou culinaires ou sexuelles ou climatiques, dans à peu près toutes les pièces - il y en a 440 -, même celles qui restent inaccessibles aux visiteurs, aux touristes.

     Je ne suis pas sûr qu'on doive interdire aux gens d'écrire sur les murs. "

                                                                        p. 65 - 66

     "Quelques jours après le départ de Dora, à la mi-juillet 1942, quand ils ont eu un pressentiment, quand par la radio de Londres, ils ont entendu parler des rafles à Paris et des Juifs parqués au vélodrome d'Hiver, Léo est parti faire son portrait, un matin, dans la cave de l'église. Parce qu'il ne voulait pas oublier les détails de ses fossettes et de ses ridules, de son sourire et de ses mèches blondes, un peu bouclées quand il pleuvait, ses mèches d'or qui lui entouraient le visage. Il a gravé son visage dans la cave de l'église, au burin dans le tuffeau, tendre et poreux, au couteau et avec ses ongles, afin que Dora ne meure jamais tout à fait.

    Le soir, Léo Chiménovitch avait les mains en sang, la peau râpée, des croûtes rouges au bout des doigts. Le soir, il n'avait plus d'ongles."

                                                                         p. 136 -137


 

16:30 Écrit par Mamylectrice dans Romans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Le château de Chambord représente l’espace le plus fréquent dans ce roman, mais il n’est pas évoqué comme lieu touristique, il est le refuge d’un groupe de résistants juifs durant la guerre 40. Cà et là, les murs des salles sont recouverts de graffitis avec certains noms illustres et d’autres, ceux des héros de ce roman, pour laisser une trace de leur passage. Pour qu’on ne les oublie pas, devoir de mémoire oblige.
Olivia Elkaïm est auteure de nouvelles et d’un essai. Elle nous livre ici son premier roman, Les graffitis de Chambord, qui est sélectionné pour le 22ème Festival du 1er roman de Chambéry.
Ce roman retrace le destin de trois générations et même d’un peuple, le peuple juif persécuté par le nazisme. Il fait ressortir l’importance de la mémoire. Ces personnes exterminées avaient une vie active riche de connaissances, de témoignages à transmettre.
3 générations, 3 vies, 3 personnes : Isaac, le grand-père, son fils Simon qui a perdu la trace de son père bloqué à Chambord avec les œuvres d’art qu’il a ramenées lors de l’évacuation en 40 et Trevor, banquier d’affaires, seul, taciturne mais en quête de souvenir.
A partir d’Isaac, le lecteur revisite un petit monde juif uni dans une mixité sociale où la fraternité efface les différences de milieux, il assiste à la lente agonie de Dora, si brillante à Paris et en déliquescence dans cet espace confiné, à l’empressement de Joseph qui veut la sauver. Petit monde poussé à l’héroïsme par le destin de la guerre.
Trévor, Simon, Les graffitis de Chambord : 3 têtes de chapitre qui s’égrainent tout au long du roman, 3 moments qui se chevauchent. Ce zapping suscite à chaque fois un nouvel intérêt de lecture.

Écrit par : Didier D'HALLUIN | 10/08/2009

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