23/09/2008

"A quoi rêvent les loups ?" de Yasmina Khadra

 a quoi rêvent les loups

A quoi rêvent les loups.

de Yasmina KHADRA

roman - 274 pages

Editions JULLIARD POCKET

L'auteur :

Voir fiche sur "L'attentat"  (août 2008)

Le thème :

"Alger - fin des années 1980.

Parce que les islamistes qui recrutaient dans l'énorme réservoir de jeunes gens vulnérables ont su l'accueillir et lui donner le sentiment que sa vie pouvait avoir un sens ;

parce que la confusion mentale dans laquelle il était plongé l'a conduit à s'opposer à ses parents, à sa famille, à ses amis et à perdre tous ses repères ;

parce que la guerre civile qui a opposé les militaires algériens et les bandes armées islamistes fut d'une violence et d'une sauvagerie incroyables, l'abominable est devenu concevable et il l'a commis. "(4 ème de couverture)

Comment un jeune homme désoeuvré, rêvant de devenir acteur de cinéma, prend, malgré lui, le chemin du terrorisme.

Extraits :

  " - Tant que l'Algérien n'aura pas droit à son statut de citoyen à part enitère, tant qu'on le maintiendra au rang de badaud, tant que l'on continuera, juste pour vérifier qu'il est encore en vie, de lui crier : "Circulez, il n'y a rien à voir", nous ne bougerons pas d'ici.

     La cohue se souleva dans un tonnerre de vociférations.

    - Nous n'irons nulle part. Nous resterons ici dans la rue, de jour comme de nuit. Ils peuvent toujours nous encercler avec leurs épouvantails de CRS, nous provoquer de leurs fusils et de leur armada de pacotille, nous ne bougerons pas d'ici. Nous leur dirons que nous en avons assez de leur cirque, que nous ne marcherons plus dans leurs combines. Nous ne retournerons vaquer à nos occupations que lorsqu'ils auront compris, une fois pour toutes, que nous ne voulons plus d'eux,que nous sommes assez aguerris pour prendre notre destinée en main sans leur assistance. L'ère pécheresse est révolue.Notre terre est devenue sainte. Leur place n'est plus parmi nous. Puisqu'ils refusent d'emprunter les voies du Seigneur, qu'ils aillent donc au diable.

     Le FIS venait de décréter la désobéissance civile . "        p. 92

(...)

     "D'un autre côté, il commençait à prendre goût aux frissons exquis de la clandestinité, aux risques, à la peur qui le tenait en haleine tandis qu'il flirtait avec le péril, et au soulagement quasiement extatique qui, comme une bouffée d'opium, le submergeait de sensations fortes à l'issue de chaque mission.

     Pour la première fois de sa vie, il se découvrait, prenait conscience de son envergure, de son importance, de son utilité en tant que personne, en tant qu'être.

     Il existait enfin.

     Il comptait.

     Il était fier, convaincu qu'il contribuait à quelque ouvrage grandiose, juste et indispensable."  ....                          p. 160

(...)

     "Je me revoyais sur les lieux de l'attentat. Sur la pointe des pieds. Par à-coups. Revoyais le corps qui dégringolait sous mes balles, se relevait, (....)

     J'étais furieux contre la facilité déconcertante avec laquelle l'homme tirait sa révérence, quittait le monde par la petite porte, lui qui incarne l'image de Dieu tout-puissant.

     Je venais de découvrir, avec une extrème brutalité, qu'il n'y avait rien de plus vulnérable, de plus misérable, de moins consistant qu'un homme ...

     C'était effarant. Insoutenable. Révoltant.

     - A partir du troisième, tout rentrera dans l'ordre, me prédit Sofiane . "                                                       p. 185

Mon avis :

Un roman (ou récit romancé - ou témoignage ) , en tout cas un texte fort et très bien écrit. Une rencontre avec le peuple algérien et la violence qui bouscule leur pays et leurs idées.

J'ai hâte d'aller lire le Khadra de la rentrée littéraire.

Livresquement vôtre, septembre 2008