27/07/2009

"Une éducation libertine" de Jean-Baptiste DEL AMO

Une éducation libertine

Jean-Baptiste DEL AMO

Premier roman - 431 pages

Editions GALLIMARD

Une éducation libertine

L'auteur :

DEL AMO

Jean-Baptiste Del Amo (Jean-Baptiste GARCIAde son vrai nom) est né à Toulouse en 1981. Après avoir suivi un cursus littéraire, il suit une formation d’animateur socioculturel à Grenoble et travaille auprès de publics en fin de vie et en réinsertion sociale.

Il part ensuite en mission humanitaire en Afrique et il en revient avec une nouvelle littéraire "Ne rien faire" pour laquelle il reçoit en 2006 le Premier Prix du Jeune Ecrivain.

Une éducation libertine est récompensé par le prix Laurent Bonelli, le prix Fénéon, le prix Goncourt du premier roman et le prix François Mauriac de l'Académie Française. Le roman est également finaliste du prix Goncourt et du prix Goncourt des Lycéens.

 L'oeuvre :

- Ne rien faire : 2006

- Une éducation libertine : 2008

Le thème :

« C’est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n’a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n’ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l’excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu’il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l’amour, il les méprise soudain car seule la volupté l’attise. On chuchote qu’il aurait perverti des religieuses et précipité bien d’autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n’être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s’en méfier comme du vice. » (quatrième de couverture)

"Paris, 1760. Un garçon de ferme marche vers la Seine. Gaspard a fui Quimper et aborde la capitale. Elle est pour lui la promesse d'une vie meilleure. Mais la ville, ténébreuse et dévorante, n'apporte pas mieux à ce jeune ambitieux que le cloaque dont il s'est arraché. Très vite, Gaspard comprend que ce siècle corrompu propose pourtant la possibilité de changer de condition à qui sait manier l'hypocrisie et les mondanités. En se soumettant à l'emprise d'un terrible mentor (le comte de V., mystérieux personnage sans morale ni censure), Gaspard s'extraira de sa fange et s'élèvera vers le monde de la noblesse. Journalier souillé par le limon de la Seine, il deviendra apprenti perruquier, giton dans un bordel et, enfin, amant de très vieux et très fortunés messieurs dépourvus d'héritiers. Imposteur? Peut-être... Au passage, piqué par l'aiguillon de l'humiliation, il aura appris la haine, le dégoût (des autres et de soi), le désir de vengeance. Il réussira. Et chutera.

Le destin de Gaspard illustre à merveille ce qu'il advient lorsque, par désir d'arriver, on oublie jusqu'à sa propre humanité. Mais ce qui fascine, ici, ce sont les descriptions des «jupons de misère» dont se pare la ville. Dans ce Paris magistralement décrit, on viole, on tue, on égorge à chaque coin de rue. Dans l'indifférence. Et dans une puanteur inhumaine. Ces odeurs excrémentielles, méphitiques, tiennent le premier rôle et donnent toute sa force à ce roman - par ailleurs trop long. Le tour de force de Jean-Baptiste Del Amo est d'avoir fait des pestilences qui accompagnent chaque instant de la vie de son héros autant de symboles de ce statut qui nous menace tous: l'imposture."

François Busnel

L'extrait :

     " Le ciel était d'anthracite. Les nuages, continents opaques, roulaient au-delà, étalaient leurs ombres sur le désordre des toits. De la saillie de milliers de cheminées arthritiques jaillissaient une fumée, s'exhalait une haleine par autant de bouches, aussi blanche qu'une semence, des milliers de semences éjaculées dans le ciel torve et stérile. Puis l'émanation de ces entrailles minérales déversait avec cupidité sa chaleur sur les corps, sous la croûte des toits, quelque part dans les méandres de la ville. Cette émanation s'élevait superbement, fleurissait, s'accouplait à d'autres. Ensemble, elles dominaient Paris, opposaient au soleil une nouvelle barrière, tamisaient les jours, retenaient les nuits. Des mouettes au plumage pétrifié de carbone survolaient la ville dans cet enfer et leurs cris, quintes de toux, se mêlaient aux croassements des freux jonchant les rues de leurs reflets de métal, de leurs pattes incisives.

     Les corps disparurent sous l'accumulation des tissus, des sacs de jute, des chiffons, des laines grasses. La chair devait être cachée pour ne pas souffrir de la morsure du froid. De ces assemblages loqueteux émergeaient rarement une main rouge couverte d'engelures, un visage dans l'entrebaîllement d'une capuche. Ce n'est plus au faciès que l'on reconnaissait son voisin, mais à la couleur de la loque, au ridicule d'une démarche qui cherchait à s'extraire de la neige. La lutte contre l'hiver devenait implacable.  ..."                                        p. 211 - 212     

Mon avis :                                                                  

Un livre dense, un style riche, une connaissance historique certaine. Un espoir pour la littérature française.

A lire !

Livresquement vôtre,

17/09/2008

Les arbres se taisent de Francine BURLAUD

 

Les arbres se taisent

 

Les arbres se taisent

Francine BURLAUD

premier roman - 191 pages

Edition PLEINE PAGE

L'auteur :

Francine Burlaud

 

Francine BURLAUD est née au Malawi (Afrique) où elle a vécu une quinzaine d'années.

Agrégée de Lettres, elle enseigne et vit à Bordeaux.

Le thème :

"La Mélinière", un château du sud-ouest de la France, tenu, géré par des femmes.

- la châtelaine, qui y reçoit chaque été ses amis huppés et argentés

- sa fille, qui essaie de le rénover

- la vieille servante russe qui ne les quitte pas

Arrive Juliette Auriac. L'amie ?

Des hommes, souvent douteux, entourent ces quatre femmes. Qui sont-ils ? Quel rôle jouent-ils dans leur vie ?

Juliette et ses deux petites filles sont invitées à passer le weekend au château.

Juliette est retrouvée morte au pied de l'escalier intérieur d'une tour dégradée par le temps et pourtant condamnée. Crime ou suicide ?

L'extrait :

     (...)"Autour de la piscine, je l'écoutais parler de l'Afrique qu'il découvrait. Il observait les choses avec une franchise décomplexée : comme il ne devait rien à l'Afrique, il pouvait l'aimer et la rejeter avec une simplicité qui m'était interdite. Il prenait ce qu'elle offrait, l'accueillait avec une simplicité dont j'étais incapable. Aucun regret, aucun souvenir, aucune blessure ne faisait écran entre la réalité et lui. Le peu qu'il vit et sentit ces trois semaines-là, il le vécut avec une sérénité avide.

     Son regard interrogeait le mien. Il me posait des questions, je lui racontai mon Afrique, celle de mon enfance de petite-fille de colons. J'étais née avec les décolonialisations, j'avais vu les choses s'effondrer d'abord, se reconstruire ensuite, très vite, au bénéfice des mêmes et de quelques nouveaux, plus avides encore. J'avais été élevée après la décolonialisation comme une enfant de colons, dans une vie séparée de cette Afrique où ma couleur de peau et notre argent m'y donnaient des droits, sans jamais m'y faire sentir chez moi.

     L'époque la plus heureuse de mon enfance africaine correspondait à la plus chaotique de mon existence là-bas, qui précéda immédiatement mon retour en France. "                   p. 96

Mon avis :

Un petit roman entre le SO de la France et l'Afrique dans lequel Francine Burlaud entretient le souffle et le suspense.Trois parties qui nous amènent peu à peu à un dénouement inattendu. Petit roman noir où la psychologie des personnages complexes et les dénouements des situations sont décrits avec soin et finesse. 

Un premier roman bien maîtrisé et très prometteur.

Livresquement vôtre, ce mercredi 17 septembre 2008.

La main de Dieu de Yasmine CHAR

 

La main de Dieu - Y. Char

 

La main de Dieu

de Yasmine CHAR

premier roman - 97 pages

Editions NRF Gallimard 2008

L'auteur :

Yasmine CHAR est née à Beyrouth en 1963 d'un père libanais et d'une mère française. Elle a vécu 25 ans au Liban. Après des études de Lettres, elle s'investit dans des missions humanitaires et voyage.
Elle vit en Suisse depuis 12 ans.

Ses oeuvres :

- "Souviens-toi de m'oublier" - 2001 - théâtre

- "A deux doigts" - 2004 - guide

- "La main de Dieu" - 2008

Yasmine Char

Le thème :

Une jeune fille en robe verte court dans les ruines, le long de la ligne de démarcation. Le Liban est en guerre. Sa mère, Française, est partie sans laisser d'adresse. Elle vit avec son père, dans la famille musulmane, tiraillée entre deux cultures. Une petite "sauvageonne" qui, dans les ruines, se jette dans les bras d'un étranger, découvre l'amour et apprend le maniement des armes.

"C'est l'histoire d'une adolescente qui tombe et qui se relève toujours."

L'extrait :

     "La guerre a été longue. Elle a duré quinze ans. J'avais huit ans lorsqu'elle a commencé. Les gens ne pensaient pas qu'elle allait durer aussi longtemps. S'ils avaient su, ils seraient tous partis. Ils croyaient que les cessez-le-feu allaient faire cesser cette guerre. Ils croyaient encore ce qu'on leur disait. Durant les périodes d'accalmie, la population effaçait les traces de combats. Les trous des immeubles étaient rebouchés, les rideaux de fer des commerces remplacés. Et puis j'ai eu douze ans. Je suis devenue une jeune fille dans la guerre. Dans le sang de la guerre, sur une bande de terre devenue trop étroite.. Au sud des envahisseurs, au nord des envahisseurs, et nous les habitants pris en otages. Et puis j'ai eu treize ans, quatorze ans, quinze ans, tout ce temps à espérer pour rien. A prier pour que les forts viennent à notre secours. Les forts pour punir les envahisseurs et rendre leur place aux plus faibles, à la souveraineté. A ce stade, la vérité nous apparaît. La certitude que la guerre ira jusqu'au bout de ce qu'elle doit accomplir, sans limites de temps. C'est une évidence qui nous écrase. L'espoir est abandonné, ruinés les essais de reconstruire. Nous devenons des survivants et le Liban le lieu des règlements de comptes. "    p.63

Mon avis :

30/07/2008

"José" de Richard Andrieux

 

 

Richard Andrieux - José

José

de Richard Andrieux

premier roman - 118 pages

Editions Héloïse d'Ormesson

L'auteur :

Auteur-compositeur, Richard Andrieux signe son premier album en 1988. Suivent alors plusieurs pièces de théâtre et toujours la musique.

"José" est son premier roman (ouvrage sélectionné pour le 21 ème festival de premier roman de Chambéry 2008)

Le thème :

José a neuf ans. Il vit seul avec sa mère.

José s'invente un univers à lui où personne n'a accès. Il baptise les objets qui l'entourent d'un autre nom et il leur parle. Le médecin ne semble pas inqquiet mais sa mère ne supporte plus le silence dans lequel il se mure. Elle devient alcoolique et en meurt.

L'extrait :

     "Les résultats de José à l'école sont devenus catastrophiques.

     Hélène ne va pas fort non plus. Elle s'est mise à boire le soir devant la télé. Dans sa solitude, elle aime se laisser prendre par une ivresse amie qui l'accompagne jusque dans son sommeil." ... "Son fils est dans sa chambre; il joue avec un nouvel ami, un stylo qu'il appelle "monseigneur". Les yeux fermés, José essaye de dessiner "ange" qui n'arrête pas de galoper." ... "José s'allonge sur "voyage", éteint la lumière. Le sommeil arrive; il pense au docteur qu'il aime bien."

Mon avis :

Pudique dans l'apprentissage du deuil, ce court roman, tendre et poignant, se lit d'une traite. Son style est simple et concis, les mots justes, mais il manque un souffle évident. Parce que c'est un premier roman ?

Petit bouquin à découvrir.

livresquement vôtre,

29/07/2008

"Les inattendus" de Eva Kristina Mindszenti

Inattendus[1]

Les inattendus

Eva Kristina Mindszenti

premier roman - 90 pages

Editions Stock

L'auteur :

Eva Kristina Mindszendi est née en 1974 d'un père hongrois et d'une mère norvégienne, dans une famille d'artistes-peintres.

Encre de chiniste et photographe, elle vit et dessine à Toulouse.

"Les inattendus", son premier roman a été sélectionné pour le 21 ème festival du premier roman de Chambéry 2008.

Extrait :

     "J'ai apppris, à l'hôpital, qu'il y avait des enfants qui pensaient aussi précisément que nous mais qui ne l'exprimaient pas. C'est pour cette raison qu'on les appelle des légumes. Pourtant, ils ont de l'ambititon. Elle peut sembler dérisoire.

    Ne pas baver. Ne pas hurler. Serrer les doigts autour d'un objet sans qu'il tombe. Rester digne. Mais c'est une haute ambition, ça, que d'être digne. Tant d'entre nous échoueront. Ces enfants la convoitent. Ils désirent être de dignes légumes. Je les envie. Parce que je crois que, même si je le voulais, je ne parviendrais pas à être honorable. Mais je le désire.   ... "

Le thème :

Le récit se passe en Hongrie, à la front!ère avec la Slovaquie. Seul, l'Ipoly (petit cours d'eau) sépare les deux pays. Hofeher, un petit village, une seule rue, au bout, un hôpital, là, où certains parents, terrifiés, "jettent" leur enfant handicapé profond. Des petits monstres qui vivront à peine dix ans, et mourront dans l'oubli. L'héroïne, Klara, a vingt ans et s'engage dans cet hôpital. Elle y découvre une certaine beauté.

Mon avis:

Ambiance lourde, supportée par un style concis. A déconseiller aux "petits coeurs sensibles" même si la sensiblerie y est évitée avec soin et tact. Ceux qui ne veulent pas "voir" les horreurs de ce milieu particulier éviteront aussi cette lecture. L'auteur arrive cependant à nous attacher à ce monde caché.

Livresquement vôtre,

28/07/2008

La donation de Florence Noiville

La donation

de Florence Noiville

premier roman - 130 pages

Editions Stock 2007

La donation - Florence Noiville

L'auteur :

Florence Noiville est journaliste au MONDE.

- Isaac B. SINGER (2003 - prix du Récit biographique)

- nombreux ouvrages pour la jeunesse

"La donation" , son premier roman, a été sélectionné pour le 21 ème festival de Chambéry 2008.

Le thème :

Au travers d'une donation, une femme, se remémore son enfance, ses parents, sa soeur, mais surtout sa mère, et prend conscience de l'héritage non seulement matériel mais aussi génétique. Vers quel secret, enfoui, se dirige-t-elle ?

L'extrait :

... "Une fois de plus, j'avais peur. Peur que la mélancolie ne m'ait occultée et, à travers moi, qu'elle ne contamine mes filles. Peur des gènes et de la transmission - comme Kierkegaard qui, dit-on, avait renoncé à la paternité pour mettre un coup d'arrêt à la malédiction familiale. Peur de cette DONATION singulière et de son étrange ambivalence. Peur enfin qu'à cause d'elle, ce que je pensais être mes choix, mon libre arbitre, ne soient que de médiocres leurres.

     En réalité, je refusais d'en voir les signes. Mais, au fond de moi, je savais bien que les jeux étaient faits. Ma soeur et moi avions été "mordues par le mal". Certains été, je tremblais d'envoyer mes filles dans la maison de Tours ." ...

Mon avis :

Trente petits chapitres d'une analyse intérieure, précise et claire. Un style, des références, un livre attachant. Pour moi, plus un récit qu'un roman, mais une réelle promesse littéraire.

livresquement vôtre,