14/10/2008

"Sur la plage de Chesil" de Ian McEWAN

Sur la plage

Sur la place de Chesil

de Ian McEWAN

roman - 149 pages

Editions GALLIMARD

L'auteur :

Ian MacEwan

Ian McEWAN est né en 1948 à Aldershot en Angleterre. Fils d'un officier britannique blessé à Dunkerque pendant la guerre, Ian McEwan grandit à Singapour, en Afrique du Nord et en Allemagne. De retour en Angleterre, il a étudié la littérature anglaise à l'université du Sussex : en poursuivant son doctorat à East England, il participe aux cours d'écriture dirigés par les romanciers Malcolm Bradbury et Angus Wilson. Dès ses premières parutions, la critique internationale est extrêmement élogieuse. Il reçoit ainsi le prix Somerset Maugham pour son recueil de nouvelles paru en 1976, 'Premier amour, dernier rite'. Il obtiendra en 1993 le prix Femina étranger pour 'L' Enfant volé'. En 1998, après la sortie de son roman, 'Enduring Love', il obtient le Booker Prize, équivalent du Goncourt en Angleterre. Alors qu'il est membre de la très sélecte Royal Society of Literature, de la Royal Society of Arts, il reçoit le prix Shakespeare de la fondation d'Hambourg en 1999. Ian McEwan est un écrivain très prisé, en 2000, la royauté lui offre, pour ses qualités littéraires, le titre de commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique. McEWAN est considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. Connu et reconnu, il continue de produire en Angleterre.

 

L'oeuvre :

Romans : (Dates des éditions françaises)

- Le Jardin de ciment - 1980

- Un bonheur de rencontre / Étrange séduction - 1981

- L’Enfant volé  - 1987

- L’Innocent - 1990

- Les Chiens noirs 1994

- Délire d’amour - 1999

- Amsterdam - 2001

- Expiation - 2003.

- Samedi - 2006

- Sur la plage de Chesil - 2008

 

Recueils de nouvelles

- Premier amour, derniers rites - 1978.

 - Reprise de Premier amour, dernier rites - 1997

- Psychopolis et autres nouvelles - 2001

Recueil de nouvelles pour la jeunesse

- Le Rêveur - 1995

Nouvelles

- Les Écoliers  -  1993

- La Langue maternelle  - 2004

Le thème :

"Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible ..."

Le soir de leur mariage, Edward et Florence se retrouvent enfin seuls dans une vieille auberge où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Et les peurs et les espoirs des jeunes gens ne se déroulent pas selon le scénario prévu ...

L'extrait :

      "Mon chéri ... Ca m'arrive très souvent."

     Ils allèrent s'asseoir ensemble sur le lit. Il sourit pour qu'elle sache qu'il n'en croyait rien, mais qu'il appréciait sa remarque. Dans la chambre, les fenêtres étaient grandes ouvertes sur la même vue : la pelouse de l'hôtel, les bois et la mer. Un changement de marée ou de vent, à moins que ce fût le sillage d'un bateau, leur apporta le son de plusieurs vagues qui se brisèrent en refale, giflant la grève. Puis, tout aussi vite, elles se remirent à murmurer, à rouler doucement leurs galets.

     Elle lui enlaça le cou. "Tu veux que je te confie un secret ?

     - Oui. "

     Elle lui prit le lobe de l'oreille entre le pouce et l'index, attira tendrement sa tête vers elle et lui souffla : "En fait, j'ai un petit peu peur. "

     Ce n'était pas totalement exact, mais, malgré sa finesse, jamais elle n'aurait pu décrire l'éventail d'émotions qu'elle éprouvait : une brusque sensation de rétrécissement, une répugnance généralisée pour ce qu'elle risquait d'avoir à faire, de la honte à la perspective de le décevoir et d'être percée à jour. Elle se détestait, et elle eut l'impression que les mots qu'elle lui chuchotait sifflaient dans sa bouche comme ceux d'un traître de mélodrame. Pourtant, mieux valait avouer sa peur que son dégoût ou sa honte. Elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour limiter les attentes d'Edward. "        p. 79

Mon avis :

 J'ai souvent souri car ce fut mon époque aussi. Et l'Angleterre ne devait pas être si différente de notre pays. Ils devaient même être un peu plus "avancés" que nous ! Les Beatles ne viennent-ils pas de chez eux ? N'ont-ils pas précédé cette révolution de 68 ?

Mais le sujet est grave. Combien de couples n'ont pas pu surmonter cet instant si important de la découverte de l'autre ? J'en connais et de nombreux ! Nous étions enfermés dans des carcans de principes, dans un silence de sous-entendus ... même les médecins ne nous aidaient pas, souvent incapables, voire ignorants comme nous le rôle des émotions dans l'équilibre de chacun. Les anciens se taisaient aussi, je crois, sur leurs propres échecs et leurs propres blessures.

Un très beau roman et une belle traduction. Un roman dérangeant aussi.

J'ai beaucoup aimé et je le recommande.

Livresquement vôtre,