06/04/2009

"Les Carnets de Guerre de Victorien Mars" de Maxence FERMINE

 

 

Les Carnets de Guerre de Victorien Mars

de Maxence FERMINE

roman - 186 pages

Editions ALBIN MICHEL

Les carnets de guerre

 

L'auteur :

MAXENCE FERMINE

Né en 1968 à Albertville (Savoie), Maxence Fermine passe une partie de son enfance à Grenoble. Puis il s'installe à Paris où il vivra treize ans.
Il s'inscrit en faculté de lettres où il parvient à demeurer presque un an (mais pas tout à fait !).
Il part en Afrique avec des livres plein les valises, s'éprend du désert, travaille dans un bureau d'études en Tunisie.
Il se marie et depuis six ans vit en Savoie - dans la neige - avec sa femme et une petite fille, Léa, aujourd'hui âgée de sept ans.

Bibliographie :

 

- Les Carnets de guerre de Victorien Mars - Albin Michel - 2008.

- Le Tombeau des étoiles - Albin Michel - 2007.

- Le Labyrinthe du temps - Albin Michel - 2006.

- Tango Massaï - Albin Michel - 2005.

- Amazone song - Albin Michel - 2004.

- Billard blues -  Albin Michel - 2003

- Opium - Albin Michel - 2002.

- Sagesses et malices de Confucius, le roi sans royaume - Albin Michel - 2001.

- L'Apiculteur - Albin Michel - 2000.

- Neige - Arléa - 1999.

 

- Le Violon noir - Arléa - 1999.

 

L'oeuvre :

Victorien, le narrateur, et ses compagnons subissent la guerre des tranchées, durant le conflit de 1914-1918. Tandis que l'ennemi veille, un adjudant psychopathe sévit dans les rangs des soldats.

Quatrième de couverture


« Cette histoire commence comme ça. On est tous les cinq dans cette tranchée qui n 'est pas la nôtre. Trois agenouillés au sol et deux debout. J'ai un pistolet sur la tempe. De l'autre côté du pistolet, il y a un soldat français. Et j'attends qu'il tire. »

Verdun, avril 1916. En première ligne, l'épouvante des tranchées : un gouffre de peur, de faim, de froid. Mais pas seulement. Non loin de l'ennemi déclaré, un autre, plus sournois, sévit. Un adjudant qui se repaît de la souffrance de ses hommes. Un bourreau que la guerre, enfin, autorise à tuer.

Dans ce roman atypique et dérangeant, Maxence Fermine explore cette « mise entre parenthèses de la vie » qu'impose la guerre. Mais plus que l'horreur du conflit, c'est, sous un angle humain, l'enfer psychologique et les sentiments extrêmes suscités par la crainte de la mort qu'il met en abyme avec un incontestable talent.

 L'extrait :

p : 126 - 127

     "Ce jour-là, l'As de Pique est au paroxysme de la folie sanguinaire. Resté en retrait pour s'assurer qu'aucun des hommes de l'escouade ne flanche au dernier moment, il fonce tête baissée dans la mêlée en hurlant comme une bête. D'un coup de fusil, il abat un soldat allemand, en éventre un deuxième avec le fil aiguisé de sa baïonnette, défonce avec sa crosse la crâne d'un troisième qui le charge d'un peu trop près, s'arrête, recharge, puis repart à l'attaque, guerrier invincible et sans peur, âme damnée, héros de toute une armée, rouage indispensable d'une mécanique qui nous conduit tout droit à la victoire.

     Un instant, pourtant, la mécanique s'enraye. A quelques pas devant nous, un de nos compagnons vient de mettre un genou à terre. Cet homme c'est Keller. Un Alsacien au teint blafard qui ne parle qu'un patois impossible à comprendre. Epuisé, harassé sans doute par la lourde charge de son barda, il s'en défait et le pose à ses côtés, ainsi que son arme. Strictement interdit par le règlement, et surtout très dangereux au moment de l'attaque, mais que faire ? Lui intimer l'ordre de poursuivre ? Le blâmer pour cela ? Je n'en ai pas envie.

     Keller demeure ainsi quelques secondes, à tenter de recouvrer un peu de souffle ou de courage. Je m'avance en rampant, sans me soucier de lui. Après tout, c'est son affaire, pas la mienne. J'entends alors le claquement d'un fusil. Lorsque je me retourne, Keller a la bouche ouverte, les yeux vides et un trou au milieu du front. Il est mort, d'une balle en pleine tête.

     Et pourtant, Keller n'a pas été fauché par une balle ennemie. Cela, j'en ai la certitude. D'aileurs, il tournait le dos à la tranchée allemande.

     Je scrute alors l'horizon, pour tenter de comprendre qui a bien pu tirer. Et c'est là que je découvre, à quelques mètres en arrière, l'ombre inquiétante de l'As de Pique, un large sourire aux lèvres, et qui recharge lentement son fusil sans se soucier de rien. "

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